Manifeste

Ce début de siècle est marqué du sceau du désenchantement. Plus que jamais, nos sociétés semblent enfermées dans une cage où tout ce qui ne trouverait pas d’explication rationnelle devrait être voué aux gémonies. Alors que nous pensions que le progrès nous émanciperait des contingences matérielles, il nous a au contraire enchaînés à elles, mettant à l’index quiconque n’adopterait pas ses codes et ses dogmes. Les logiques qui meuvent la mondialisation et le libre-échange illustrent ainsi le triomphe d’une véritable civilisation inhumaine, où les valeurs pécuniaires se sont substituées aux valeurs humanistes. Nous, citoyens, devons tirer les conséquences de ce progrès qui s’est révélé être un faux progrès. Parce que nous pensons que le progrès ne saurait être ailleurs que dans l’homme, et non dans la machine, nous rejetons une vision du monde qui ne voit et ne perçoit les choses que sous le prisme de l’utilitarisme. Ces rouages qui composent cette civilisation désenchantée et mécaniste n’ont eu pour autre effet que de déraciner les individus au profit d’un « homme nouveau » totalement acculturé, pour lequel le paradis serait la réussite du commerce et du consumérisme, ici ou ailleurs, et dont les prophètes seraient des télévangélistes. Un « homme nouveau » qui saurait tout sans croire en rien.

Ce désenchantement du monde se traduit fatalement à tous les niveaux de nos sociétés. La culture n’est plus perçue autrement que du superflu tandis que l’abondance du véritable superflu nous est imposée comme une nécessité absolue. La vie de la cité a laissé la place aux intrigues de palais, notre langue aux slogans et au langage du marketing, et le démagogue a remplacé le politique. Nous vivons à l’heure où une incroyable massification des hommes est à l’œuvre. Nos esprits sont assaillis de toute part par les faisceaux de projecteurs à bourrer les crânes pour que nous n’ayons plus à penser par nous-mêmes. Nos opinions, notre communauté de destin garantie par le fameux « plébiscite de tous les jours », subissent désormais une uniformisation brutale et sans répit.

Le patriotisme est l’une des victimes les plus singulières de ce processus. Jamais il n’a été un concept aussi galvaudé, manipulé et moqué. Allant toujours de soi dans les sociétés à travers l’Histoire, il est désormais perçu au mieux comme une nostalgie mièvre ou romantique, au pire comme marqueur d’un dangereux nationalisme qui ne s’assumerait pas. Il n’est plus une semaine sans qu’il ne soit répété ad nauseam que l’amour de sa patrie serait une vieille lubie qui nous aurait conduits aux heures les plus désastreuses de notre histoire, alors qu’en réalité c’est précisément le mépris envers le peuple et la Nation qui lui causa les pires misères. Cible favorite des antifascistes qui tirent leur licence d’un phénomène tenant pourtant de l’archéologie, le patriotisme est chose suspecte, quand il ne provoque pas de véritable chasse aux sorcières, notamment lors des campagnes électorales. Prostitué aussi par des démagogues qui feignent de l’exalter alors qu’en réalité il s’agit pour eux de dissimuler les maux réels dont le peuple souffre, il est aussi l’apanage de ceux qui l’invoquent pour lui faire dire son contraire, notamment dans les discours soutenant la construction européenne, qui n’est pourtant qu’un déracinement des Européens.

L’amour de la patrie est une chose trop sérieuse pour la laisser aux politiciens, et c’est justement parce que nous le leur avons naïvement transmis qu’il a aujourd’hui presque disparu. Or, c’est notre souhait de citoyens de vouloir se le réapproprier, comme il est de notre souhait que de vouloir recouvrer nos souverainetés, et sur notre patrie, et sur nous-mêmes. Voilà pourquoi, alors qu’il s’agit d’un acte de résistance presque excentrique que d’exiger cela, nous nous constituons en Cercle des Patriotes Disparus et faisons nôtre la maxime de Cicéron : « salus populi suprema lex est », soit « le salut du peuple est la loi suprême. »